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littérature sous forme de textes courts

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Les pépères

 

    Dix heures et demie onze heures, c’est l’heure où sortent les pépères,

les pépères, mes pairs.

    Le va et vient des poivre-et-sel est commencé dans le quartier.

    Certains se la jouent sportif et encore vert, actif,

                bien conservé: ils trottinent ou pédalent.

    Celui-là est tout fier de sa belle chevelure qu’il a soigneusement peignée avant de sortir. La plupart des pépères, ses pairs, ont perdu leurs cheveux et chacun s’accroche à ce qui lui reste de mieux.

    L’autre, dans la file d’attente au magasin parmi les mémères, bombe le torse et tâche à effacer son bide. Mais le vieux coq n’intéresse pas les vieilles poules. Et encore moins les jeunes poulettes.

    Les pépères, mes pairs, roulent leur caisse en roulant leur caddie

   mais ne rouleront pas les caissières.


    Certains restent arrêtés, comme ça, au milieu du trottoir. Ils ont oublié pourquoi ils sont sortis. Ils ne savent pas où aller. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qui pourrait occuper leur journée de retraité (qui ne fait que commencer). Restent des heures et des heures à s’emmerder ; tout le monde n’a pas

un jardin à ratisser,

des volets à grattouiller,

des troënes à frisotter.


    Les pépères, mes pairs, se laissent souvent aller. Beaucoup restent derrière leur fenêtre assis devant la télé ; ils sortent quelquefois sur le pas de leur porte, voir si quelque chose se passe dans la rue.

   Ils restent en chaussons,

   ils deviennent gros,

   leurs doigts jaunis de nicotine,

   bourrés d’antidépresseurs

   et déprimés quand même.


   La plupart des pépères, à un moment donné de la journée, sortent leur chien pisser.

   Dans la rue, ils se repèrent, mais ne se parlent guère,


    mes pairs, les pépères.

 



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